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Rétention

Je me suis toujours demandé comment une population, la nôtre en l’occurrence, avait pu glisser dans les années 30 vers l’acceptation de l’inacceptable, de l’inhumain…

Les événements qui aujourd’hui ponctuent l’actualité aux frontières de notre territoire européen, et à l’intérieur de notre pays, me permettent de mieux en percevoir le processus.

Il y a quelques années, j’ai travaillé sur la thématique de l’exil et j’ai suivi dans le cadre de mon travail de photojournaliste des associations de soutien aux sans-papiers, des militants des droits de l’homme.

J’ai à cette occasion pu assister aux démarches en préfecture et en mairie pour obtenir de l’aide pour ces demandeurs d’asile, les réfugiés, les « migrants ». Assisté aussi aux occupations ( églises, squat…) réquisition de lieu d’hébergement, aux manifestations, aux arrestations, aux séances au tribunal, au mises en centre de rétention….

C’est à l’occasion d’un parloir sauvage que j’ai fait cette photo d’une jeune guinéenne accompagnée d’un enfant de 8 mois derriere les grillages du centre de rétention de rennes St Jacques.

Certes, il n’y a pas de comparaison possible entre ces centres et ceux que l’on a vu fleurir en Europe durant la deuxième guerre mondiale. Mais on oublie trop souvent comment cela a commencé, que les gens que l’on enferme dans nos centres de rétention ne sont en aucune façon des criminels. Le fait d’être sans papier ne constitue qu’un délit administratif.

Pourtant, les conditions de rétention ressemblent de très près à une incarcération dans une maison d’arrêt ou une prison. L’univers, qu’on se le dise, est carcéral. Les méthodes, le sont : enfermement, menottes parfois.

Concernant le cas de cette jeune guinéenne, la France a été condamnée par la cour de justice européenne pour traitement inhumain. la loi ne permet pas d’ enfermer des enfants !

C’est aussi cette image qui m’a permis de prendre conscience du pouvoir de la photographie. Invité en 2012 par le Concours National de la Résistance à donner une œuvre pour le concours des lycéens, j’avais choisi cette photo. Elle me semblait être un exemple des idéaux pour lesquels aux XXI ème siècle nous devrions résister.

Le jour de la remise des prix en présence du préfet et du colonel de gendarmerie, la découverte de l’œuvre fit scandale. En particulier lorsque le public hébéte découvrit que l’image n’avait pas été prise dans les geôles d’une sombre dictature africaine, mais à quelques kilomètres à peine du lycée dans lequel avait lieu la remise des prix.

L’image – et moi même – fut accusée de vouloir faire passer les méthodes de la gendarmerie (gardienne à l’époque des centres de rétention, et remplacée depuis par la PAF – police de l’air et des frontières -) pour des méthodes nazies.

On demanda sur le champs le retrait de l’œuvre de la sélection. On menaça l’association de lui couper les vivres s’il elle maintenait son choix et on me téléphona gentiment pour me demander si j’accepterais de changer cette image contre une de banquise ou de manchots plus lisse… Ce que bien sûr je refusais.

Le lendemain la photographie fit grand bruit dans la presse régionale qui offrit une large demie page à la photographie de cette jeune guinéenne…

Dans un contexte où l’actualité est toujours plus dense, j’ai recommencé depuis peu à travailler sur cette question. Cette fois-ci, j’ai installé un studio photographique dans un squat à Rennes. 180 personnes, dont près de 50 pour cent sont des enfants. Ces réfugiés, parfois sans –papiers, et déboutés du droit d’asile y sont hébergés depuis près de 9 mois… Pour quelques temps encore avant leur expulsion prévue le 17 juillet prochain à 10 heures du matin… Pour aller où ? Nul ne le sait encore…

 

 

 

 

 

 

 

 

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