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Dans la lumière

Dans la Lumière 

A l’été 2016, j’ai installé un studio photographique dans un squat

de «migrants» à Rennes. Le lieu, réquisitionné par l’association

Un toit, c’est un droit accueille une dizaine de nationalités, cent

quatre-vingts personnes dont la moitié d’enfants. Des réfugiés,

parfois sans –papiers, déboutés du droit d’asile.

Cette idée de travailler en studio in situ sur un squat me trotte

dans la tête depuis longtemps. Elle fait suite à un travail que j’ai

mené entre 2008 et 2009 sur les sans-papiers autour de Rennes.

Mon désir est de rencontrer ces nouveaux «migrants» dont les

médias nous parlent de manière incessante et désincarnée. De

mettre des visages sur ce mot. Un projet porté aussi par le souhait

de donner une photo plutôt que d’en prendre une.

Je mets en place ce studio au tout début de l’été. Le squat grouille

d’enfants. C’est bruyant et joyeux. On y ressent un peu l’ambiance

d’une colonie de vacances.

Je pose mon matériel au coeur du batiment, dans la salle où sont

dispensés les cours de Français. J’ai une certaine appréhension,

celle de ne voir personne venir spontanément se faire «tailler le

portrait».

Les gens passent, un peu surpris. « - Qu’est-ce que vous faites ?»,

me demandent les uns, « - C’est gratuit ?», « - c’est obligatoire?»

interrogent les autres. Ils partent puis reviennent. Seuls, entre

amis ou en famille, ils défilent dans le studio, endimanchés et apprêtés.

Ils se mettent en scène. La prise de vues m’échappe.

Je la laisse filer...

Dès les premières photos, je suis troublé. La prise ne correspond

pas à l’image que je m’étais faite d’eux. Peut-être les avais-je imaginés,

comme sur l’Affiche Rouge, «hirsutes et menaçants».

Apparaissent sous les flashes leur lumière et leur joie.

Voilà qu’au détour d’un studio, dans un endroit où je n’envisageais

pas de le retrouver, me rattrape un projet monté six mois

plus tôt et resté en suspens : un projet sur la joie. Une proposition

que m’avait faite une journaliste suisse. L’idée au départ m’avait

semblé saugrenue. Puis, je m’étais embarqué dans l’aventure.

Au gré des rencontres, étaient venues les questions. S’agissait-il

seulement de photographier des gens souriants ou heureux de

vivre ? Comment photographier la joie sans être dans l’illustration

de celle-ci. Et qu’est-ce que la joie ?

Dans la lumière de leur toute simple humanité, au détour d’un regard,

entre l’inquiétude et l’incertitude, filtre cette énergie.

Le temps d’une photo peut-être, le temps de l’espoir ?

Me reviennent ces mots inspirés par ceux de Léonard Cohen : Il y

a une félure en chaque être, ainsi la lumière peut y entrer.