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MIGRATIONS

Le projet

Exils – Voyageurs sans papiers ni bagages

Ce travail est né d’une rencontre que j’ai faite avec Amadou  quelques jours avant de partir au Mali pour entamer un reportage sur les travailleurs du coton.  Une rencontre qui a bouleversé mon regard, qui m’a poursuivi … Comme un écho, donnant à mon regard une profondeur de champ nouvelle.

Amadou, était un jeune homme de 28 ans, qui s’était vu privé de sa vie d’adulte et de sa liberté parce que le cours de l’Histoire avait fait de lui un réfugié, envoyé brutalement de l’autre côté du fleuve auprès duquel lui et sa famille avaient jusque là mené une existence de bergers.

Pendant 20 ans, il a parcouru plusieurs pays à la recherche d’une identité. Identité. De sa parole un peu lointaine maintenant je ne retiens que ce mot qui revient sans cesse, identité. Il n’a comme trace de son origine que ce bout de papier vert qu’il a su conserver presque miraculeusement dans tous ses déplacements forcés, ses internements, ses naufrages, ses emprisonnements.

Un bout d’identité délivré par le HCR en 1989 quand, lui, ses parents, ses frères et soeurs, ont été brutalement expulsés de leur village au bord de la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Parce que l’histoire a écrit cette année-là qu’il ne fallait pasêtre un berger Peul sur cette frontière.

– « Comment tu t’appelles » ? Demande le juge.

– « Ahmadou Dia »

– « Quand es-tu né » ?

– « En 1980 ».

– « Tu vas retourner en Grèce car c’est là que tu es arrivé en Europe et c’est donc là que tu dois faire ta demande de refugié ».

– « Je ne retournerai pas en Grèce car je sais ce qui va se passer ».

– « Si tu refuses tu iras en prison ».

– « J’irai en prison, je m’en fous, je sais que tout cela n’est rien. Je n’ai rien à perdre. Des fois, je préférerais être un chien ou un arbre fruitier. L’arbre lui, il est utile aux autres. Il donne des fruits. Je sais qu’un jour j’irai au Paradis et que ce jour-là je serai bien car j’aurai une identité… »

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