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RÉSERVE(S)

Réserve - Dialogue intime avec le monde naturel

La nature apparaît dans notre civilisation ethnocentrée comme l’oeuvre de l’humain qui la façonne à son image. « La nature arbore toujours les couleurs de l’Esprit », écrivait Ralph Waldo Emerson, le philosophe et poète étatsunien. Comme si ce que l’on voyait de la nature n’était finalement que le reflet de nous-mêmes et non un « objet » indépendant de l’humain.Réserves a pour ambition d’explorer, par la photographie, ce lien si particulier entre les humains et la nature. Quelles sont ces images qui nous habitent ? Que disent-elles de nos représentations culturelles, de nos barrières mentales, de nos fantasmes ? Comment la nature répond-elle aux informations qu’on lui transmet, aux soins qu’on lui apporte et aux blessures qu’on lui inflige ? Il s’agit de saisir le va-et-vient, le dialogue entre les humains et le monde naturel. De capter, à travers l’expression de nos attitudes et de nos émotions, ainsi qu’à travers les empreintes que nous laissons, l’idée que nous nous faisons de la nature. Et celle – peut-être – que la nature se fait de nous.

Le projet Réserves – Dialogues intimes avec le monde naturel – a germé en 2011. J’arpente alors, après plusieurs semaines de reportage, la réserve biologique de l’Isard, en Ariège. Le temps est brumeux. Mon humeur est sombre. Je marche dans la forêt à l’intérieur de moi-même. Au détour d’un bosquet, une forme végétale accroche mon regard. Dressé sur ses pattes, cornes pointées vers le ciel, un animal m’observe du coin de l’oeil.

Cette souche noueuse, tapissée de mousse et hérissée de fougères ressemble à s’y méprendre à un isard. Pure coïncidence, ou mystérieuse évidence? Je perçois, dans cette apparition, l’écho végétal du territoire que j’arpente. Si, comme l’écrit R. W. Emerson, « la nature nous fait signe», puis-je photographier ces signes ? Comment interroger l’anthropocentrisme de notre regard ?

L’individu occidental s’est bien souvent placé au-dessus et en dehors de la nature. Il l’exploite, la gère, la transforme et la protège. Aujourd’hui, alors que notre monde voit s’éteindre le chant des oiseaux et s’enfoncer dans le Printemps silencieux* l’humain s’interroge sur la validité de son modèle… Le projet Réserves a pour ambition de documenter par la photographie ce moment si particulier de l’histoire de la Terre. Ce projet intervient dans un contexte d’urgence écologique de plus en plus pressante, à un moment où la nécessité de repenser les liens entre l’humain et la
nature s’impose si clairement et parfois si violemment à nous.

L’humain est-il prêt à voir dans cet autre « non-humain » un être pensant, avec qui une autre relation est possible ? Est-il prêt à prendre en compte, comme le propose l?anthropologue Eduardo Kohn, la pensée des forêts », et à se mettre sur le chemin d?une anthropologie au-delà de l?humain ? **

*Printemps silencieux, Rachel Carson*
**Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l? humain. Eduardo Kohn.

Le projet réserves est aujourd’hui développé en collaboration avec Véronique Van Tilbeurgh, sociologue de l’environnement. Le projet a reçu le soutien de l’Université Rennes II et Rennes I de Haute-Bretagne, du CNRS, de l’Institut Polaire Paul-Émile Victor (IPEV) et du laboratoire ESO-Rennes, Unité Mixte de Recherche « Espaces et Sociétés ».

Voir le dossier du projet Réserve, Dialogue Intime avec le monde naturel

 

 

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