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Work

François LEPAGE

Photographe et auteur

Le Feu de chaque jour

Arpenter les parois du bocal, en saisir les contours, les repousser…

Mon travail photographique est né d’une curiosité insatiable pour ce qui m’entoure, la lumière – ou l’ombre – des êtres comme des choses. Leurs faces apparentes, leurs contours invisibles. D’abord, je voulais comprendre. Peu à peu ce désir de compréhension à laissé place à une intuition : celle que la photographie, plus que d’expliquer le monde permettrait de le « voir », de soulever le voile du réel. Qu’elle serait une porte vers un monde que l’on ne voit pas de prime abord, une porte vers l’invisible. 

De vivre dans d’autres pays que le mien, de me frotter à d’autres cultures m’a fait apparaître de manière éclatante que ce que je pensais être universel, ce que je croyais fermement, ma façon de voir, n’était que le fruit d’une fabrication éducative, culturelle et sociale : une façon infime de voir le monde, un chat d’aiguille dans cette infinité de monde possible… Je nourris depuis cette obsession ; celle de vouloir sentir, arpenter, et repousser les parois de mon propre bocal… Ce petit bocal de verre qui m’enferme sans que je le sache. 

J’y travaille un peu plus chaque jour…  

Chacune de mes expériences, ma confrontation au monde, par la photographie, tout comme mon travail quotidien de méditation ont ce sens profond : un travail d’accès à ce continent intérieur. L’univers en nous. C’est une démarche que je n’avais pas envisagée comme telle au départ, habité par le fantasme du reportage au bout du monde… Ma démarche au fond relève plus d’une recherche métaphysique, spirituelle que tout autre chose. La photographie comme révélateur de la matière et de l’âme du monde. 

Parfois, mon travail photographique ne « produit » rien d’autre que des illustrations. Les photographies peuvent être jolies mais sans grand intérêt à mon sens. Parfois, les choses arrivent, sans que je ne puisse rien décider, et alors les photographies sont des portes, comme des visions pures sur cette autre dimension. Elles ont , pour moi, ce souffle. Elle m’inspire cette évidence : nous voyageons dans le monde comme des aveugles, que la majeure partie du monde nous reste invisible, car chacun de nous est dans son monde, et non dans le monde… 

La vigilance au monde, est au cœur du travail méditatif. Il en est absolument de même de mon travail photographique.  

Ce qui je cherche, dans ces moment de vigilance accrue, dans un visage ou dans un paysage est cette même justesse.. Et c’est aussi cette justesse que je tente, avec toute la défaillance de mon humanité, d’appliquer à ma démarche. Alors bien entendu, je piétine, je rumine, je merde, je foutrack, j’explore… Bref je chemine… Car bien évidement, le chemin n’existe pas, seul le cheminement…